Ouest-France.
mercredi 18 février 2009
Redécoupage des Régions : les Pays de la Loire au frein

L'éventuel rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne (ici, une manifestation à Nantes) pose la question du devenir des Pays de la Loire. : Archives Franck
Dubray
L'idée d'une Bretagne réunifiée fait son chemin à l'ouest de Nantes.Elle suscite en revanche l'opposition des Pays de la Loire, Sarthe exceptée.
« La Bretagne compte quatre départements. Magnifiques. À Nantes, on me dit, ici, c'est la capitale de la Bretagne. Mais on est en Pays de la
Loire ! » En plein travaux de la commission Balladur sur l'organisation territoriale, la petite phrase de Nicolas Sarkozy a accéléré le
débat sur la réunification. Si l'idée d'un retour de Nantes en Bretagne séduit l'opinion dans les cinq départements de la Bretagne historique, son corollaire, l'amputation des Pays de la Loire,
privés de la Loire-Atlantique, suscite de vives réactions. Qu'en pensent les élus ligériens ?
Jacques Auxiette, président (PS) du conseil régional des Pays de la Loire : « Il y a peut-être d'autres problèmes plus urgents. Je ne nie en aucun cas la
contribution de Nantes à l'histoire de la Bretagne, mais la métropole Nantes-Saint-Nazaire rayonne sur tout le Grand Ouest. D'où l'objectif de construire une grande Région Ouest, avec de vraies
compétences. Nous avons entrepris des coopérations interrégionales. Il faut aller plus loin. »
Jean-Luc Harousseau, leader de l'opposition de droite au conseil régional : « Je suis partisan de grandes régions compétitives à l'échelle européenne,
donc plutôt d'une fusion de la Bretagne et des Pays de la Loire. S'il s'agit d'agrandir la région Bretagne, il serait logique de rajouter la Loire-Atlantique et la Vendée pour créer une grande
région Ouest. Les Vendéens sont tournés vers la Loire-Atlantique, notamment en matière de santé. »
Jean-Marc Ayrault, maire (PS) de Nantes. Jean-Marc Ayrault, qui avait, dans une précédente déclaration qualifiée « d'anachronique » le débat sur la
réunification, « laisse la commission Balladur rendre ses propositions » indique aujourd'hui son entourage.
Patrick Mareschal, président (PS) du conseil général de Loire-Atlantique, favorable au retour de son département en Bretagne. « Le redécoupage régional ? Pas
urgent ? Cela fait trente ans que j'entends la même chose : ce n'est jamais le moment ! La conjoncture est difficile, certes. Mais cela n'implique pas de renoncer à tout projet
d'avenir. D'autant qu'en période de crise, les ressorts psychologiques sont importants, et que la formation de régions cohérentes, avec une vraie identité, peut être un facteur de mobilisation des
énergies. »
Christophe Béchu, président (UMP) du conseil général du Maine-et-Loire : « Regardons ce qui se fait au niveau du découpage des circonscriptions pour les élections
européennes : treize départements dans l'Ouest. Aujourd'hui, seules trois régions françaises sont au top 20 des grandes régions européennes. La vraie cohérence ne serait-elle pas d'offrir à
nos territoires une échelle plus compétitive ? Et pour ce faire, de consulter leurs habitants par référendum ? »
Jean-Claude Antonini, maire (PS) d'Angers : « Le débat sur le redécoupage territorial est occulté par la question bretonne qui nous éloigne des vrais enjeux. La
question qui doit nous guider est : 'Comment organiser notre territoire pour être plus efficaces et plus pertinents'. Nos régions sont trop petites à l'échelle européenne. Je prône un
rapprochement entre régions, à l'échelle atlantique, pour atteindre une masse critique. C'est d'autant plus pertinent que les maires de Brest, Rennes, Nantes, Angers, Le Mans ont déjà des habitudes
de travail communes. »
Guillaume Garot, député et maire (PS) de Laval, s'est déjà prononcé sur cette question, la jugeant non prioritaire au vu de l'urgence sociale engendrée par la crise.
Jean Arthuis, sénateur (Union centriste), président du conseil général de la Mayenne : « Je trouve byzantins ces exercices de redécoupage administratif.
Je suis davantage préoccupé aujourd'hui par la situation de l'emploi et la compétitivité de nos entreprises. Je laisse à d'autres ces questions sur le sexe des anges. »
Roland du Luart, président (UMP) du conseil général de la Sarthe, à propos de la création, dans l'Ouest, d'une grande région Val de Loire aux côtés de la Bretagne (à cinq)
et de la Normandie réunifiée : « Ce n'est pas idiot, j'y suis favorable. Ce redécoupage irait dans le bon sens, en diminuant le nombre de régions, ce qui permettrait notamment des
économies. Par ailleurs, c'est une bonne harmonisation. En Sarthe, nous ne sommes pas Atlantistes. Les problèmes d'une zone littorale ne sont pas les mêmes qu'en intérieur. En revanche, il y aurait
une vraie cohérence à travailler avec le Centre. »
Jean-Claude Boulard, maire (PS) du Mans : « J'ai un réel attachement pour Jacques Auxiette. Les Pays de la Loire ont fait beaucoup pour Le Mans. Et si nous
n'étions pas convaincus au départ, nous avons fini par nous y habituer. Mais cette nouvelle région Val-de-Loire serait constituée par des villes de taille similaire : Orléans, Tours, Le Mans,
Angers... Cela représenterait un bon équilibre urbain. Nous sommes très proches et nous aurions beaucoup de choses à faire ensemble. »
Philippe de Villiers, président (MPF) du conseil général de Vendée : « La Bretagne est une vraie entité, comme la Vendée. Nous ne voulons pas être fondus dans de
grands ensembles qui porteraient atteinte à nos identités. Un référendum sur de telles questions est indispensable. Mais ce sujet est un débat pour temps calme. En temps de crise, il y a des
priorités autres que le charcu-tage des collectivités territoriales. »
Pierre Regnault, maire (PS) de La Roche-sur-Yon : « C'est farfelu, déconnecté de la réalité. Il faut pour l'instant poursuivre la décentralisation, donner les moyens
aux Régions de remplir leurs rôles. La dimension des régions importe peu, il faut créer les conditions pour qu'elles puissent travailler ensemble. »
Alain Mustière, président du Conseil économique et social des Pays de la Loire : « Je suis contre un tel charcutage. Personne ne nie la sensibilité bretonne
de la Loire-Atlantique. Mais en invoquant la culture et l'Histoire, on cherche à confisquer la richesse, le dynamisme de la Loire-Atlantique et de la métropole Nantes-Saint-Nazaire pour le mettre
au service de la Bretagne. Une vraie réalité des Pays de la Loire s'est créée dans le temps. On élude le problème de la future capitale, Nantes ou Rennes. Jamais les Nantais n'accepteront de perdre
ce leadership. Il faut aller vers une grande région Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Et faire jouer aux départements un rôle de proximité. »